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Le chorégraphe_

Heddy Maalem

Interview, octobre 2005, Ariège, France

Heddy Maalem est plutôt un homme du retrait, un homme du silence.
Il se méfie des faux-semblants et des petits arrangements avec l’exactitude. A cette image, sa danse est simple, parfois brute, à la recherche d’un ajustement intérieur. Sans enjolivure.
Du plus profond sourd la tension secrète que l’on perçoit dans ses chorégraphies comme dans l’individu. Fils de deux terres, la France - il précise : le Languedoc - et l’Algérie, Heddy Maalem préfère se dire fils de la Méditerranée, cette mer qui tente de combler la béance entre les deux peuples. Quand on pousse sa discrétion dans ses retranchements, Heddy Maalem finit par évoquer un souvenir d’enfance, précis et fondateur : En Algérie, nous vivions dans les Aurès, à Batna. Nous habitions le "village nègre", le quartier des Africains noirs. C’était la guerre. Et on entendait sans arrêt les percussions qui rythmaient les danses de ces immigrés venus du Sud. Pour moi, depuis, la guerre et la danse sont en quelque sorte liées l’une à l’autre.
Le chorégraphe est né de cette violence, de cette séparation. Encore est-il né tard, après plusieurs années d’études aux langues O, puis de voyages, quelques métiers, et la boxe, en amateur, jusqu’à vingt-huit ans. La danse, il la croise de façon accidentelle, par l’intermédiaire de l'Aïkido qu'il enseignera de nombreuses années. Immédiatement elle lui apparaît comme « une évidence inattendue ». Une façon de bouger, d’être, qui rejoint des souvenirs personnels, anciens et même ancestraux.
Pour avoir vécu le déchirement entre les deux pays dont je suis né, j’ai le sentiment d’être un étranger. En danse, je ne peux emprunter à aucune école existante. Il me faut inventer mon langage, une langue « non marquée ».
Heddy Maalem entame alors une longue recherche sur son propre corps. Il se pose des questions simples : comment et pourquoi bouger ? Comment prendre une impulsion au sol ? Comment courir, marcher ? Peu à peu, le style se forme, d’un mouvement qui part du ventre ou du sol, pour percuter l’espace ou le partenaire, sans lyrisme mais non sans esthétisme, un style épuré mais physique.
Sa démarche mise sur le temps, il travaille le corps comme un poète travaille la langue, pour sa matière. Sa volonté de se démarquer de la frénésie ambiante signe une forme de radicalité.
(Extrait d’un portrait de Dominique Crébassol)

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